Costume, habit, uniforme : que signifient nos vêtements ?

Les vêtements que nous portons, comme les mots que nous utilisons, sont des signes.

Que nous le voulions ou non, ils prennent sens au regard de normes, implicites ou explicites, consacrées par la société dans laquelle nous vivons. Ce mécanisme est magistralement expliqué par Roland Barthes dans un célèbre article publié en 1957 : Histoire et sociologie du vêtement.

Le vêtement, nous dit Roland Barthes, est à la fois « acte individuel et institution collective », habillement et costume. Il est habillement par le choix personnel que nous faisons chaque matin d’endosser telle ou telle tenue en fonction de notre morphologie, du temps qu’il fait, des tâches que nous avons à accomplir dans la journée, etc. Il est costume par les normes communément admises dans le groupe social auquel nous appartenons, au regard desquelles notre choix personnel sera interprété – les normes du bon goût, de la mode ou encore de la distinction des sexes, des âges ou du statut professionnel ou social.

Ainsi, dit Barthes, « la carrure d’épaules [d’une veste] est un fait d’habillement quand elle correspond exactement à l’anatomie du porteur ; elle est fait de costume quand sa dimension est prescrite par le groupe à titre de mode. »

« La signification du vêtement croît au fur et à mesure que l’on passe de l’habillement au costume : l’habillement est faiblement significatif […] ; le costume est au contraire fortement signifiant. » Le costume marque en effet l’appartenance à un groupe, l’adhésion à ses valeurs.

Ce qui importe dès lors, c’est de comprendre comment se constituent les faits de costume, comment naissent les normes qui font que le vêtement devient signifiant. Il y a ici deux procédés possibles : un procédé « par le haut », où la norme est constituée et diffusée par des spécialistes – les marques de mode et leurs différents relais, égéries et médias ; et un procédé « par le bas » où un simple fait d’habillement se diffuse parce qu’il est copié et propagé par contagion – souvent parce que, dans un micro-groupe social (une cour d’école, une entreprise, une bande d’amis), tel personnage particulièrement influent, ayant adopté un vêtement, suscite l’émulation des autres.

A une époque où l’image est omniprésente, les faits d’habillement deviennent très vite des faits de costume. Particulièrement chez les adolescents. En réalité, la plupart de nos enfants ne portent pas un simple habit mais un costume – qu’il soit prescrit par les marques à la mode, par les réseaux sociaux ou par le style des influenceurs du moment.

Que vient faire l’uniforme scolaire dans tout cela ? Il substitue aux costumes spontanément adoptés par les élèves, inspirés par des influences diverses et variées, un costume officiel, affirmé comme tel, représentatif du projet éducatif de l’établissement. S’il est mal compris, il sera perçu comme une contrainte ; à l’inverse, bien expliqué, il devient une occasion unique de réfléchir ensemble à l’identité commune de l’école, aux valeurs qu’elle véhicule, aux règles de vie en commun qu’elle entend promouvoir.