L’uniforme scolaire en Chine, reflet des mutations de la société

En Chine, l’uniforme est de rigueur dans toutes les écoles publiques et la plupart des écoles privées. Mais derrière ce principe immuable, de profondes évolutions sont à l’œuvre, qui reflètent les mutations de la société chinoise dans son ensemble : développement économique et social d’une part, et transformation technologique d’autre part.

A la recherche du style

Depuis les années 1990, la tenue d’uniforme la plus couramment adoptée par les écoles chinoises consiste en un survêtement de sport, pratique mais peu gracieux, qui s’est imposé pour deux raisons principales. Tout d’abord, généralement confectionné en nylon selon une coupe très rudimentaire, il est peu coûteux, à l’achat comme à l’entretien. De plus, la tenue sportive s’avère appropriée à l’usage qui veut que les élèves pratiquent des activités physiques quotidiennement (des séquences de tai-chi ou de gymnastique jusqu’à trois fois par jour).

Peu à peu cependant, avec l’élévation du niveau de vie et l’ouverture au reste du monde, les aspirations changent. Les jeunes ont envie de tenues plus seyantes ; les familles aiment à marquer leur relative aisance financière par des vêtements de meilleure qualité ; les écoles privées, surtout lorsqu’elles visent un positionnement international, font volontiers de leur code vestimentaire la vitrine de leur différenciation.

C’est ainsi qu’on a vu nombre d’établissements, au cours des dernières années, abandonner le survêtement de sport pour une tenue plus élégante, reprenant souvent les codes des uniformes scolaires japonais – typiquement, la jupe plissée courte et les chaussettes montantes pour les filles par exemple.

Lorsque le vêtement devient high-tech

L’autre évolution majeure de l’uniforme en Chine, c’est la fonctionnalisation du vêtement par des dispositifs technologiques, suivant en cela le mouvement massif de déploiement du numérique dans tous les aspects de la vie du pays.

L’exemple le plus extrême en ce sens est celui de la Guizhou Guanyu Technology Company, qui a mis au point des « uniformes intelligents ».

Equipées de deux puces RFID placées sur les épaules, les vestes, couplées à des caméras de reconnaissance faciale pour vérifier si l’uniforme est bien porté par son propriétaire attitré, permettent d’identifier les élèves à leur entrée dans l’établissement, puis de les géolocaliser afin de vérifier leur présence en classe selon l’emploi du temps prévu. Elles peuvent aussi servir de moyen de paiement sans contact pour les menues dépenses quotidiennes, par exemple à la cafeteria, avec confirmation de l’identité par reconnaissance faciale ou empreinte digitale. La technologie insérée dans les vêtements est prévue pour résister au lavage, y compris à haute température. Plus de dix établissements scolaires de la province du Guizhou utilisent ces uniformes, certains depuis 2016.

De tels usages sont difficilement imaginables chez nous, tant ils soumettent les élèves à une surveillance permanente. En revanche, ce cas extrême a le mérite d’attirer l’attention sur des fonctions nouvelles que l’uniforme pourrait remplir, à l’instar des vêtements connectés qui signalent aux véhicules la présence de piétons par exemple.

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