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Pour ou contre l’uniforme scolaire ? Controverses et arguments

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Sondage Demotivateur Pour Contre Uniforme Scolaire

Dans bien des pays du monde, l’uniforme scolaire est une évidence : on n’imaginerait même pas qu’un élève puisse aller à l’école dans un autre accoutrement. En France, à l’inverse, l’uniforme est l’exception plutôt que la règle. Il devient même périodiquement un objet de controverse, avec des partisans et des adversaires aussi convaincus les uns que les autres de la justesse de leur opinion.

Pour mieux comprendre les positions des deux camps, nous avons recensé leurs arguments en analysant patiemment plus de trois mille réponses apportées par les internautes à la question « Pour ou contre l’uniforme à l’école ? ».

Cette question était posée par Démotivateur, un média numérique destiné aux millenials, qui revendique 12 millions d’abonnés, principalement dans la tranche d’âge 18-35 ans. Les résultats de cet appel à contributions n’ont pas valeur de sondage, puisque rien ne garantit que les répondants soient représentatifs de la société française. Néanmoins, les trois milles commentaires ainsi recueillis constituent un riche matériau pour caractériser les points de vue en présence.

A titre indicatif, notons tout d’abord que 89% des répondants se sont exprimés en faveur de l’uniforme scolaire, 8% en défaveur et 3% n’ont pas donné d’opinion tranchée. Cependant, répétons-le : ces chiffres n’offrent aucune garantie de représentativité et, par conséquent, ne sauraient être interprétés comme l’expression de l’opinion générale des Français.

Ce qui nous intéresse davantage dans ce recueil de données, ce sont les raisons avancées pour ou contre le port de l’uniforme.

Les arguments pour

Ceux qui plaident pour le port de l’uniforme invoquent le plus souvent les raisons suivantes :

  • Construire l’identité collective – L’uniforme contribue à la construction d’une communauté scolaire. Il donne une visibilité interne et externe à l’établissement ; il aide à créer un sentiment d’appartenance et de fierté.
  • Manifester l’égalité des élèves devant l’institution scolaire – L’uniforme n’atténue certes pas les inégalités sociales en tant que telles, mais du moins leur manifestation au quotidien à travers l’habillement.
  • Affirmer la spécificité du cadre scolaire – S’habiller spécifiquement pour aller à l’école, c’est marquer la distinction entre les loisirs et l’étude, comme plus tard entre la vie privée et la vie professionnelle. C’est rappeler jour après jour la vocation particulière de l’école, ses règles, les droits et devoirs qu’elle instaure pour chacun en son sein.
  • Protéger les élèves – L’uniforme diminue les occasions de moquerie ou de jalousie entre élèves liés aux vêtements, potentiellement aussi la pratique du racket.
  • Eduquer les enfants à la sobriété – L’uniforme permet de lutter, au moins dans ce petit périmètre des vêtements pour l’école, contre l’emprise des marques et du consumérisme. Il instaure aussi un sens de l’élégance, de la décence, de la tenue correcte vis-à-vis des tiers.
  • Simplifier la routine quotidienne, pour les enfants et pour les parents – L’uniforme coupe court aux casse-tête et aux disputes chaque matin pour savoir comment s’habiller pour l’école.

Les arguments contre

Face à ces arguments, ceux qui plaident contre le port de l’uniforme à l’école répondent tout d’abord que l’uniforme ne saurait à lui seul atteindre les buts qu’on lui assigne. Les inégalités sociales, si elles ne se manifestent plus par le vêtement, réapparaîtront dans les chaussures, les stylos, les téléphones mobiles ou d’autres accessoires. De même, si l’uniforme peut donner une certaine élégance à la tenue, il ne saurait conférer de l’élégance aux comportements.

Au-delà de cela, ils pointent des risques supplémentaires :

  • Entraver la construction d’une identité personnelle – La manière de s’habiller fait partie des moyens dont dispose un enfant pour exprimer son identité, son originalité, voire sa créativité. En prescrivant l’uniforme, l’école étoufferait dès lors la construction de la personnalité de chacun.
  • Entraver l’apprentissage de la pluralité des identités – La société dans laquelle nous vivons est faite de différences. Imposer l’uniformité des tenues à l’école contribuerait à retarder la confrontation des enfants à la diversité, leur capacité à s’y trouver à l’aise.
  • Exposer les enfants au risque d’agression – En désignant les enfants, par leur vêtement, comme élèves de tel ou tel établissement, l’uniforme les exposerait à des agressions de la part de tiers, élèves d’établissements rivaux ou délinquants de tout poil.
  • Imposer une dépense supplémentaire aux parents – A moins que l’uniforme ne soit offert par l’école, l’achat d’une tenue scolaire spécifique représente un coût que les familles les plus modestes pourraient avoir du mal à supporter.

Et des propositions, pourquoi pas ?

Pour dépasser la controverse, certains participants au sondage ont émis des propositions de nature, selon eux, à rendre le port de l’uniforme plus pertinent, plus acceptable, plus consensuel :

  • Etendre le port de l’uniforme aux éducateurs, et non seulement aux élèves. Après tout, si le but est de construire une communauté éducative, de marquer les rôles des uns et des autres dans le contexte scolaire, alors les professeurs, surveillants et autres adultes qui encadrent les élèves devraient être logés à la même enseigne.
  • Permettre aux élèves de personnaliser leur uniforme – En ajoutant des accessoires (foulards, ceintures, chapeaux, …) ou en ayant une marge de choix, par exemple entre plusieurs couleurs ou plusieurs pièces de vêtement (pull ou sweat-shirt, polo ou chemise, etc).
  • Pour les filles, proposer mais pas imposer la jupe – La présence d’une jupe dans un uniforme scolaire constitue un point de crispation particulier. Les uns plaident pour que les filles puissent porter des tenues féminines, donc ne soient pas obligées de porter le pantalon ; d’autres, à l’inverse, estiment que les filles devraient pouvoir choisir le pantalon et ne pas être contraintes de porter une jupe. Au total, l’idée qui ressort – et qui a d’ailleurs fait l’objet de dispositions législatives dans plusieurs Etats australiens, dont nous nous sommes fait l’écho ici – c’est que les filles aient toujours le choix entre jupe et pantalon.
  • Rendre l’uniforme accessible à moindre coût – Sans même aller jusqu’à subventionner l’achat des vêtements pour les familles modestes, l’école pourrait organiser une bourse aux vêtements entre familles pour permettre l’achat d’articles d’occasion.

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